« Mon conjoint me fait souffrir »

Récemment dans mon cabinet, une femme percevait que son mari avait tendance à la faire souffrir. Elle me disait : « Je pense que cela le rassure, car il voit que je reste, bien qu’il me fasse souffrir. Mais comme je ne veux plus souffrir, comment arriver à me dégager de cela, tout en le rassurant et en lui montrant que ce n’est pas un désamour de ma part ? »

Voici donc des éléments de réponse qui peuvent vous aider si vous êtes dans ce cas :

Il faut d’abord essayer de comprendre l’enjeu de la souffrance :

Pourquoi vous avez accepté cette situation pendant des années. En effet, cela le rassure de voir que vous restez là. Que vous l’aimez malgré tout. Il voit qu’il peut se montrer sous un jour pas forcément très agréable, et que vous l’aimez d’un amour « inconditionnel ».

Mais peut-être essaye-t-il aussi d’instaurer une certaine dépendance, en se disant : « si elle souffre, elle va forcément avoir besoin de moi pour que je l’aide à moins souffrir ». Il est donc aussi possible que vous y ayez trouvé un intérêt. Parce que vous aimez peut-être aider l’autre à aller mieux. C’est peut-être votre façon de montrer aux autres que vous les aimez. Cela vous a conforté dans l’idée que vous étiez « quelqu’un de bien », ce qui vous permettait d’avoir de la reconnaissance. Souffrir et rester était aussi une façon de dire « je suis quelqu’un de bien ; malgré ma souffrance je continue, je suis solide, etc ».

Le problème est que, du coup, on entre dans un jeu de dépendance, où l’un a de la reconnaissance, et l’autre voit qu’il peut être aimé malgré tout. Quand il y a une telle souffrance, un peu malsaine, qui s’installe dans le couple, il faut regarder la dépendance sous-jacente. Il faut se demander pourquoi, pendant tant d’années, on a accepté ce fonctionnement et continué sur ce mode.

Parler à l’autre de cette souffrance et accepter de se faire aider

Pour se dégager de ce paradigme, il faut montrer à l’autre que l’on n’a pas envie d’une relation fondée sur la souffrance ; ce qui ne veut pas dire qu’on ne l’aime pas, mais qu’on va demander de l’aide ailleurs. Il ne s’agit pas du tout d’une relation extra-conjugale ou autre, mais plutôt d’une aide psychologique. Il faut montrer qu’on n’a pas besoin de l’autre.

C’est comme pour le burn-out, qui a un côté très insidieux : quand on n’est plus à l’écoute de soi, qu’on veut dépasser ses limites quoi qu’il arrive, que l’on ne perçoit plus les signes de fatigue ou de mal être, on peut vivre une grande souffrance (Ceci est également valable dans la sphère professionnelle… et dans le couple) Il est important de ne pas chercher au sein du couple une certaine souffrance.

Un système de souffrance parfois malsain

J’observe ainsi parfois des couples qui finissent par se rendre compte qu’ils sont, depuis le début, dans un système de souffrance, mais qu’ils l’ont tous deux accepté dès le départ. Souvent il y en  a un qui a pour rôle la mise en scène de la souffrance, et l’autre a pour rôle d’accepter la souffrance. L’un est Persécuteur et l’autre Victime. Mais il ne faut pas oublier que la personne qui assume le rôle de victime n’en est pas forcément une : elle accepte de tenir ce rôle. C’est tout l’enjeu psychologique. Dans quelle mesure ne fais-je pas en sorte de provoquer cette souffrance qui m’accable ?

Rechercher la souffrance peut être une façon de se sentir une bonne personne, car le sacrifice consenti permet d’obtenir une reconnaissance qui nous permet de nous représenter comme quelqu’un de bien. C’est le principe de la dépendance affective : on a besoin d’un bourreau pour se sentir victime, afin de se sentir « quelqu’un de bien ». On a besoin de l’Autre pour se sentir une bonne personne.

Le cas typique est celui des filles qui ont vu leur mère être battues par leur père, ou ont été battues elles-mêmes, et qui, une fois adultes, se mettent en couple avec un homme qui les bat. Elles ne connaissent que cette forme d’amour. Un amour qui donne tous les droits à l’Autre, et qui implique que plus on souffre, plus cela signifie que l’on aime.

Il est donc primordial, dans un couple, de ne jamais entrer dans ce processus de bourreau/victime. Cela peut arriver ponctuellement sans que ce soit un problème. Mais si vous avez la sensation que vous êtes tout le temps la victime – ou le bourreau -, vous êtes sur une mauvaise pente. Car cela signifie que l’un prend une place qui apporte des bénéfices aux deux membres du couple, mais qu’à terme celui-ci risque la destruction.

C’est très important d’être à l’écoute de cette souffrance, de ces rôles que l’on peut avoir, pour être capable de changer la donne le cas échéant. Ceci permet d’éviter que la souffrance soit au cœur de l’amour. Amour et souffrance sont liés parce que personne n’est parfait, parce qu’on ne maîtrise pas l’autre, et que cela peut induire une forme de souffrance, mais le but demeure le bien-être et le fait de grandir, d’évoluer. Même en couple il ne faut jamais se sacrifier pour l’autre.

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